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La réforme du régime de change a dominé la conférence trimestrielle du wali de Bank Al-Maghrib. Non sans autocritique, Abdellatif Jouahri s’est longuement arrêté sur les tenants et les aboutissants du report, par le gouvernement, du démarrage de la flexibilité du dirham initialement prévu début juillet dernier.

C’est un Abdellatif Jouahri déçu, profondément déçu par la polémique accompagnant la suspension de la réforme du régime de change, que les journalistes ont retrouvé mardi à l’issue du dernier conseil de la Banque centrale. Le wali de Bank Al-Maghrib (BAM), faut-il le rappeler, est resté jusqu’ici discret sur le sujet, depuis que le gouvernement a décidé de reporter la migration vers la flexibilité du dirham. Jeudi 29 juin dernier, Jouahri allait officiellement annoncer le démarrage du nouveau régime lors d’un point de presse conjoint avec le ministre des Finances, Mohammed Boussaid, mais le rendez-vous a finalement été annulé pour des raisons demeurées inconnues. Le chef de l’Exécutif avait justifié le report de la réforme par un «besoin d’études supplémentaires», notamment pour mieux cerner «son impact sur l’économie et, en particulier, sur le pouvoir d’achat des citoyens». «Nous n’avons jusqu’ici pas été sollicités pour mener une étude particulière sur le régime de change», affirme Jouahri.

Retard dans la formation du gouvernement
À ceux qui lui reprochent d’avoir empiété sur les prérogatives du gouvernement, le wali tient à préciser que BAM a toujours veillé au respect des textes et de la loi. «Politiquement parlant, la décision relève du gouvernement. La Banque centrale s’occupe quant à elle des travaux de préparation technique. Les choses s’interpénètrent», explique-t-il, tout en rappelant la genèse de la réforme depuis la constitution d’un comité conjoint composé de BAM et du ministère des Finances, lequel a ensuite fait appel à l’appui technique du Fonds monétaire international (FMI). Ce dernier aurait suggéré que la flexibilité soit entamée dès janvier 2017, mais les autorités ont fini par repousser la date d’un semestre pour mieux préparer la migration. Le retard de plus de six mois accusé dans la formation du gouvernement issu des législatives du 7 octobre 2016 a eu pour effet de propulser le wali de BAM sur le devant de la scène de la réforme du régime de change.

Le témoignage rassurant  de Fitch
Plusieurs points de presse, une vingtaine de réunions avec les banques, pas moins de 14 rencontres avec la CGEM, trois autres réunions avec les représentants des bureaux de change, des campagnes de sensibilisation à Bruxelles et Madrid... dans chacun de ces multiples rendez-vous, les responsables de BAM n’avaient cessé de répéter que les prérequis étaient tous réunis pour réussir la réforme du change (soutenabilité budgétaire, système financier résilient, niveau suffisant des réserves de change, etc). Jouahri se félicite d’ailleurs du témoignage apporté par la dernière note de l’agence de notation Fitch Ratings pour laquelle l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham sera d’une faible ampleur sans incidence majeure sur l’économie, outre le fait que le dirham ne souffre d’aucun désalignement par rapport aux fondamentaux de l’économie. «Nous nous attendons à ce que la volatilité du dirham reste limitée au lendemain de l'élargissement des bandes, bien que des pressions temporaires renouvelées sur les réserves soient possibles. Les réserves de change et la ligne de précaution et de liquidité du FMI seront en mesure d’amortir les pressions éventuelles sur le taux de change», avait conclu l’étude de l’agence de notation américaine.

Le grand public mal informé
Fallait-il éviter de communiquer la date de la réforme pour éviter la spéculation sur le dirham? Pas vraiment, estime le wali, dans la mesure où il ne s’agit pas d’une dévaluation ou d’un flottement total du régime de change. Le wali de BAM reconnaît néanmoins avoir pris du retard en ce qui concerne la communication adressée au grand public. Les premières capsules vidéos vulgarisant le nouveau mode de cotation du dirham n’ont été diffusées que fin juin! Le report de la réforme a eu le mérite de calmer les craintes exprimées à grande échelle via les réseaux sociaux, lesquelles ont été accentuées par des rumeurs sur des fuites de devises, le tout dans un contexte de chute record des réserves de change observée durant les mois de mai et de juin.

BAM hors périmètre de l’enquête sur les spéculations
Lors du point de presse de juin, Jouahri avait directement pointé du doigt le secteur bancaire qui, à ses yeux, aurait failli à sa mission de sensibilisation face aux importateurs qui se précipitaient à l’achat d’instruments de couvertures contre une dépréciation voire une dévaluation du dirham. Il avait laissé entendre que BAM allait ouvrir une mission de vérification auprès des banques, parallèlement à une autre inspection dépêchée par l’Office des changes, et dont l’objectif est de repérer les opérations de couverture à but purement spéculatif. Interrogé sur les résultats de cette enquête, le wali a apporté une étrange réponse. On apprend ainsi qu’il n’a jamais été question d’ouvrir une enquête à ce sujet auprès des banques, histoire de ne pas empiéter sur le domaine de contrôle réservé à d’autres organismes, notamment celui de l’Office des changes (placé sous la tutelle du ministère des Finances) qui veille au respect de la réglementation des changes. Aux dirigeants des banques qui, tout récemment, à l’occasion de la présentation des résultats semestriels, ont rejeté en bloc toute accusation de spéculation, et qui affirmaient avoir effectué des opérations d’achat de devises (couverture) uniquement pour le compte de leur clientèle, le wali de BAM rétorque: «Est-ce qu’il faut réaliser pour le compte de la clientèle des opérations qui ne sont pas conformes à la réglementation?». L’Office des changes ne tardera pas à finaliser le rapport de son enquête, confie le wali. Mais ce que Jouahri a omis de signaler, c’est que, comme nous l’ont révélé précédemment les dirigeants de l’Office des changes, ce dernier est tenu de respecter le secret professionnel et ne peut en aucun cas communiquer le résultat de l’enquête, à moins que la partie contrevenante en décide autrement. Autrement dit, il ne faut pas s’attendre à des révélations rocambolesques, y compris lorsque des spéculateurs seront nommément identifiés et vigoureusement sanctionnés.

Point de visibilité!
Les propos du wali au sujet de la réforme du régime de change dégagent un sentiment de déception. Jouahri a l’air d’être mal compris, y compris dans le camp du gouvernement. D’ailleurs, depuis le report de la flexibilité, il n'y a pas eu de communication directe entre le patron de l’institut d’émission et le chef de gouvernement.
Or, la semaine prochaine, Jouahri sera à Washington pour assister aux réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale et il croisera à coup sûr, sur place, l’argentier du royaume. «Il faut bien leur dire ce que nous devons faire!». Cette phrase, prononcée par le wali de BAM himself, résume bien le manque de visibilité sur l’avenir de la cotation du dirham, ne serait-ce qu’à court terme. La balle est désormais dans le camp du gouvernement!


Abdellatif Jouahri: «Positivons»!

«Il ne faut pas s’arrêter aux invectives. Positivons». Le wali de BAM n’a aucun mal à s’auto-critiquer, préférant aujourd’hui se concentrer sur l’essentiel et ne surtout pas omettre la finalité de la réforme du change qui, à vrai dire, n’est pas une fin en soi. Fin juillet dernier, en présentant le rapport annuel de BAM devant le roi, il a d’ailleurs bien précisé que cette réforme doit servir et appuyer les réformes structurelles que le gouvernement entreprendra pour améliorer la compétitivité, en ce sens qu’elle permet de mieux se prémunir contre les chocs externes. «Si le gouvernement veut prendre le temps de mieux apprécier la réforme et ses conséquences avant de la prendre en charge de bout en bout, cela ne peut qu’être positif. Si on estime avoir besoin d’études supplémentaires, nous sommes là pour faire les simulations nécessaires», soutient Jouahri. L’essentiel, insiste-t-il, est que le Maroc avance. «Si nous voulons aller vers un autre modèle de développement, dans le sens d’une économie émergente, cela passe forcément par la voie des réformes. Et si on ne fait rien au moment opportun, il sera difficile de rattraper le retard», conclut Jouahri. 

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