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Jilali Hazim, DG de l’ANAM et aussi 1er vice-président du Conseil régional de Béni-Mellal-Khénifra  est au cœur d’une  affaire de pot de vin présumé de 400.000 DH. Un ancien journaliste d’Al Aoula, est également impliqué.  

L’annonce de l’arrestation du directeur général de l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM), Jilali Hazim (photo), cheville ouvrière de la Couverture médicale de base (Cmb) au Maroc, a fait l’effet d’une bombe. Impliqué dans une présumée affaire de corruption, Hazim se trouve depuis samedi à la prison de Salé, après avoir été déféré devant le procureur général. L’ancien journaliste d’Al Aoula, Mustapha Labied, a été lui aussi interpellé. Le présentateur de l’émission dominicale Yabiladi  est soupçonné d’avoir joué un rôle d’intermédiaire dans cette affaire qui, il faut le dire, n’a pas encore révélé tous ses secrets. Le juge d’instruction près la Cour d’appel de Rabat a décidé de poursuivre les deux hommes en état de détention.

Jilali Hazim serait accusé d’avoir exigé une somme de 400.000 DH pour donner son feu vert à un marché de 6 millions DH remporté par une société prestataire, du nom d'Athéna, une agence de communication basée à Rabat. Sa directrice, Nawal Alaoui, à l’origine de la plainte, aurait appuyé ses accusations par des enregistrements téléphoniques. Tous les ingrédients sont réunis dans cette affaire qui va alimenter la chronique judiciaire durant le ramadan. Aussitôt confirmée par des sources judiciaires, l’interpellation de  Hazim a ouvert le bal des rumeurs sur un éventuel règlement de comptes entre le DG de l’agence de régulation et la directrice de l’agence de communication. Une chose est sûre, Athena n’en est pas à sa première transaction avec l’ANAM.

D’après l’historique des campagnes institutionnelles, diffusé sur son site web, Nawal Alaoui a déjà eu l’occasion de réaliser au moins deux spots publicitaires pour le compte de l’ANAM sous le mandat de Hazim (l’un sur le rôle d’arbitrage de l’agence, l’autre sur le guide des médicaments remboursables), sans compter les marchés «print» des rapports annuels et autres documents (l’AMO des étudiants, etc,). L’affaire Athena marque un tournant dans la vie de Hazim (55 ans) qui traîne derrière lui une carrière de plus de 25 ans au sein de la fonction publique, occupant des postes hautement stratégiques, notamment en tant que directeur de la planification et des ressources financières au sein du ministère de la Santé. «Tous les marchés du ministère passaient par lui. Il maîtrise, au détail près, la réglementation des commandes publiques. L’accuser d’avoir reçu un chèque de 400.000 DH me paraît pour le moins surprenant», estime ce cadre supérieur au ministère de la Santé.

Lors des communales 2015, le slogan de la morale et de l’honnêteté était au cœur de la campagne électorale de Jilali Hazim à Fkih Ben Salah, son fief natal. Il s’y était présenté sous les couleurs de l’USFP, son parti d’adoption. Il avait quitté ce parti au lendemain du 6ème congrès avant de rejoindre le Mouvement pour tous les démocrates à l’origine de la création du PAM. Il a ensuite regagné les rangs du parti de la rose. La probité dans la gestion des milliards de l’AMO et du Ramed, Hazim s’était servi de cet argument pour glaner les voix qui vont le propulser au rang de premier vice-président du Conseil régional de Béni-Mellal-Khenifra. «Son nom a été cité parmi les ministrables du gouvernement El Othmani. Avant de postuler au poste de DG de l’ANAM, il était prédestiné à devenir SG du ministère», se rappelle un responsable de l’ANAM. L’arrestation du gendarme de la couverture médicale de base constitue un coup dur pour l’AMO et le Ramed. Elle remet au goût du jour la gestion de ces deux dossiers qui brassent chaque année plusieurs milliards DH. Hazim est l’un des artisans de la réforme de l’assurance-santé au Maroc, depuis les premières réflexions entamées du temps du gouvernement d’alternance (1997-2002). De par sa qualité d’économiste statisticien, il a chapeauté l’ensemble des études actuarielles accompagnant la naissance du Ramed. Durant les 48 mois passés à la tête de l’ANAM, Hazim a voulu donner du caractère à l’agence en lui conférant un nouveau positionnement vis-à-vis des organismes gestionnaires de l’assurance-santé, des producteurs de soins et d’autres partenaires. On lui reproche d’avoir échoué à imposer le respect de la Tarification nationale de référence, d’avoir raté le basculement de la population  du fameux article 114 vers l’AMO et aussi de ne pas pouvoir assurer la pérennité aux régimes existants.

Toutefois, ces échecs ne lui enlèvent en rien ses qualités de stratège et de visionnaire qui, en cas de confirmations des charges portées contre lui par l’agence Athena, va sûrement laisser un vide dans le cercle restreint des experts en économie de la santé. Un cercle déjà marqué par le départ de Ouahid Khouja, l’actuel SG de la Chambre des conseillers, ou encore de Driss Guerraoui, SG du Conseil économique, social et environnemental. Nul besoin de rappeler ici et à chacun le devoir et le droit au respect de la préemption d’innocence. De l’avis des gens qui ont eu l’occasion de le côtoyer tout au long de sa carrière, Hazim n’a jamais été entaché de soupçons sur une quelconque dilapidation ou mauvaise manipulation de deniers publics. Jusqu’à son arrestation, sa gestion n’a fait l’objet d’aucune mission d’inspection, aussi bien du côté de la Cour des comptes que du côté de l’Inspection générale des finances. En attendant de voir clair dans cette affaire, il y a lieu de déplorer l’impact qu’elle pourra avoir sur l’image de l’ANAM auprès des organismes internationaux qui financent la réforme de la Couverture médicale de base, notamment la BAD et l’Union européenne. D’ailleurs, une réunion est prévue le 6 juin entre les acteurs marocains de l’assurance-santé et leurs partenaires de l’UE. Celle-ci apporte son assistance technique et accompagne le Maroc dans le pilotage de la troisième phase de la réforme. Il s’agit, entre autres, de créer une agence en charge de la gestion du Ramed, indépendante de l’ANAM et du ministère de la Santé. L’objectif est de libérer l’ANAM du dossier chaud du Ramed pour qu’elle puisse se consacrer exclusivement à sa mission de régulation. Or aujourd’hui, ce n’est pas l’ANAM qui attend sa libération, mais plutôt son DG et non moins pilote de la réforme, hélas mouillé dans une sombre affaire de corruption.

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