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Les Marocaines subissent de grandes discriminations sur le plan économique. Leur participation au marché du travail demeure faible. Elles subissent de plein fouet le chômage et gagnent moins que les hommes, et peu d’entre elles arrivent à relever avec succès le défi de l’entrepreneuriat.

De grands efforts restent à déployer pour dépasser les disparités entre les hommes et les femmes sur le plan économique. En dépit des mesures mises en place au cours des dernières années, d’importantes inégalités d’accès à l’emploi affectent les Marocaines, de l’aveu même des responsables. Le taux d’activité révèle un écart important entre les deux sexes (71,5% chez les hommes et 24,8% chez les femmes en 2015) selon le rapport sur le budget axé sur les résultats tenant compte de l’aspect genre qui accompagne le projet de loi de Finances 2017.

Les femmes participent ainsi faiblement au marché du travail. Leur taux de chômage est élevé, notamment dans les villes où il atteint, parmi les diplômées, 21,7% contre 12,6% pour les hommes en 2015. Les hommes sont trois fois plus nombreux que les femmes à occuper un emploi. Pire encore, les femmes sont employées dans les secteurs à faible productivité. La discrimination concerne aussi les salaires en dépit du recul des disparités salariales entre les deux sexes au cours des dernières années. À niveaux académiques et expériences professionnelles égaux, les femmes gagnent environ 17% de moins que les hommes. Dans la fonction publique, la présence féminine est loin d’atteindre la parité escomptée. Elle ne dépasse pas 40% en 2015 contre 34% en 2002. Les défis sont de taille. Les pouvoirs publics sont appelés à mettre en place des mesures en vue de dépasser les différentes contraintes qui empêchent les femmes d’accéder au marché du travail et qui fragilisent leur situation. C’est dans ce cadre que la stratégie nationale pour l’emploi cible la promotion de l’emploi décent et le renforcement de l’égalité d’accès aux emplois. Encore faut-il que les objectifs tracés soient traduits en mesures concrètes et efficaces pour l’autonomisation économique des femmes. Les différents plans stratégiques contiennent une composante «genre» comme le pilier II du Plan Maroc vert, dont une cinquantaine de projets ont ciblé les femmes entre 2011 et 2016, soit 64% du nombre total des projets. Un intérêt a été accordé, au cours des dernières années, à l’accès des femmes aux activités génératrices de revenus et à la promotion de l’auto-emploi.

À titre d’exemple, près de 68 «Dar Sanâa» ont été implantées dans le monde rural. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à adhérer aux coopératives pour exercer des activités génératrices de revenus. Les coopératives exclusivement féminines sont passées de 738 en 2008 à 2.280 en 2015 soit 14,5% de l’ensemble des coopératives. Le nombre des adhérentes est de 37.960 femmes en 2015. La plupart de ces coopératives exerce dans l’artisanat, l’agriculture et le secteur arganier. Au niveau de l’entrepreneuriat féminin, des efforts supplémentaires devront être consentis. La création du Fonds de garantie «Ilayki» destiné aux entreprises portées par des femmes a certes permis de mobiliser des crédits d’un montant d’environ 39,24 MDH, correspondant à 131 dossiers de garantie agréés, et à un autre montant de 18,32 MDH au cours du premier semestre 2016. Mais le chemin reste encore long devant la promotion de l’entrepreneuriat féminin. Les femmes qui parviennent à réussir le défi de l’entrepreneuriat et créent de l’emploi ne représentent que 0,6% des femmes actives occupées entre 1999 et 2013. Pour relever le pari, il est important d’instaurer les bases de l’égalité des chances à tous les niveaux.  


Asmaa Morine Azzouzi
Présidente de l’Association des femmes chefs d'entreprise du Maroc (AFEM)

«La femme entreprend à petite échelle»

Les Inspirations ÉCO: Quel regard portez-vous sur l’entrepreneuriat féminin au Maroc?
Asmaa Morine Azzouzi : C’est un regard plutôt optimiste. Il est important de souligner qu’il n’existe pas qu’un seul entrepreneuriat féminin au Maroc. Au niveau des sociétés commerciales (avec les statuts juridiques connus), le taux d’entrepreneuriat féminin tourne autour de 10% depuis une dizaine d’années. Il est assez stable avec une disparité régionale caractérisée par une concentration dans l’axe Casablanca-Rabat. Par ailleurs, le taux relatif au statut de l’auto-entrepreneur, qui a rencontré un grand succès auprès des femmes, tourne autour de 40%. Là, on est presque à la parité car il s’agit d’un statut souple qui permet à la femme de créer son entreprise même en étant chez elle. C’est un type d’entrepreneuriat qui est en train de relever le taux d'entrepreneuriat féminin au Maroc. Outre ces deux statuts, il y a les coopératives féminines dans le monde rural et le périurbain, composées de celles qui sont régulièrement constituées et les coopératives informelles. Ce sont des femmes qui entreprennent, produisent et vendent. On a aussi l’entrepreneuriat informel où les femmes constituent une grande part. L’indicateur au niveau de ce type d’entrepreneuriat est le microcrédit. Tous les organismes de microcrédits confirment que le taux de crédits des femmes dépasse celui des hommes. Dans l’absolu, l’entrepreneuriat féminin va bien car l’engouement est au rendez-vous. Mais dans les détails, cet entrepreneuriat ne se porte pas bien.

Il y a en effet de nombreuses contraintes...
L’informel est caractérisé par la précarité. Pour l’auto-entrepreneuriat, il s’agit de toutes petites structures. C’est bien quand il s’agit d’une première étape, mais ce n’est pas une véritable solution car le chiffre d’affaires reste limité et la femme entrepreneur ne peut pas grandir. S’agissant du véritable entrepreneuriat, 70% des entreprises sont dans les services et ce sont plutôt des TPE.
La première contrainte porte sur la difficulté d’allier vie professionnelle et vie familiale. La femme crée généralement son entreprise entre 25 ans et 35 ans et fait, en même temps, ses enfants. Ce n’est pas évident, surtout en l’absence de structures de garde d’enfants à la portée de toutes les bourses.

La deuxième contrainte est relative au manque de moyens de départ. C’est un problème certes commun entre les deux sexes. Mais si l’homme peut compter sur l’encouragement de son entourage, la femme sera plutôt dissuadée. On va l’encourager à aller vers un emploi stable. En effet, on ne va pas encourager le risque. Comme les femmes disposent moins que les hommes de biens qu’elles peuvent donner en hypothèque, la banque étant réticente au financement de la startup en général, la difficulté d’accès au financement est un frein de taille. Même quand la femme entreprend, elle le fait à petite échelle. Elle ne va pas aller plus loin, dans l’immobilier, dans l’industrie et dans des activités plutôt lourdes. Elle va être moins mobile que l’homme. La femme est plutôt limitée.

Comment peut-on encourager les femmes à créer leur entreprise?
Je lance un appel pour élaborer une véritable stratégie nationale de l’autonomisation économique de la femme; pas uniquement pour l’entrepreneuriat, mais de manière générale. Le taux d’employabilité des femmes est très bas. Plusieurs départements ministériels doivent se pencher sur la question pour favoriser l’employabilité et l’entrepreneuriat des femmes. À titre d’exemple, la mise en place de crèches publiques est une responsabilité qui incombe aux pouvoirs publics. 

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