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25-03-2019 10:33

25-03-2019

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Décryptages / Évènements

Abdelilah Benkirane arrivera-t-il à booster la représentativité des femmes au sein du prochain gouvernement ? Rien n’est moins sûr. Une grande responsabilité incombe aux chefs de file des partis politiques concernés par les tractations pour briser le plafond de verre. L’espoir est de voir des femmes à la tête de départements stratégiques.

Le chef de gouvernement désigné est très attendu sur la représentativité féminine au sein de sa prochaine équipe gouvernementale. Le mouvement féminin l’attend de pied ferme sur cette question. Alors que les tractations sont en cours, le mouvement pour la démocratie paritaire a adressé une lettre au chef de gouvernement et une autre aux chefs de partis politiques concernés par la formation du gouvernement. L’espoir est d’arriver à au moins le tiers en termes de représentativité féminine dans le futur gouvernement. Un objectif qui semble inaccessible dans l’immédiat. Il s’avère, en effet, difficile de briser le plafond de verre.

La balle est dans le camp des chefs de file des partis politiques qui sont appelés à gérer les ambitions internes et à mettre au devant de la scène des femmes cadres de leurs formations. Visiblement, les partis politiques tenteront d’éviter le scénario de 2012. Le gouvernement sortant dans sa première version, rappelons-le, ne comptait qu’une seule femme : Bassima Hakkaoui. La sonnette d’alerte avait été alors tirée d’autant plus que le gouvernement de Abbas El Fassi comptait quelque sept femmes. La faiblesse de la représentativité féminine au sein du gouvernement était une épine dans le pied de Benkirane. Il a fallu un remaniement ministériel après le retrait du Parti de l’Istiqlal pour rectifier le tir en nommant cinq autres ministres femmes aux côtés de Bassima El Hakkaoui, soit un taux de représentation d’uniquement 15%. Néanmoins, cette augmentation numérique n’avait pas fait cesser les critiques. Les observateurs y voyaient une simple opération de «camouflage» : sur les six départements accordés aux femmes, quatre sont sous tutelle de ministres hommes. Aussi leur champ de manœuvre était réduit.

Le Maroc à la traîne
Le Mouvement pour la démocratie paritaire espère que, cette fois-ci, les partis politiques de la majorité gouvernementale parviendront à accorder leurs violons pour nommer des femmes à la tête de départements ministériels stratégiques comme le ministère de l’Économie et des finances. On estime que les femmes ne sont pas condamnées pour toujours à gérer que des ministères à caractère social ou culturel ou à être sous la tutelle d’un homme à travers les ministères délégués. Par ailleurs, la représentation féminine au sein de la Chambre basse est toujours pointée du doigt bien qu’elle soit passée de 17%, lors de la neuvième législature, à 21% après les dernières élections législatives.

Les instances dirigeantes des partis politiques sont épinglées sur cette question. Il faut dire que seules 10 femmes ont pu accéder à la Chambre des députés à travers les listes locales, soit un pourcentage d’uniquement 0,3% des députés élus localement. Certains partis politiques ont fait mieux que d’autres en cooptant notamment des femmes sur la deuxième partie de la liste nationale des jeunes. Mais, cet effort reste insuffisant. Le Maroc demeure toujours derrière des pays similaires comme le Soudan et la Tunisie où le taux de représentativité politique féminine est de 30%. Dans la plupart des pays arabes, les gains ont été, en grande partie, facilités par l’introduction de quotas ou par des nominations directes au sein d’institutions comme les assemblées législatives dominées par des hommes.


Khadija Rebbah
Coordinatrice nationale du Mouvement pour la démocratie paritaire (MDP)

«Je ne suis pas très optimiste»

Les ÉCO :  Pourquoi avez-vous adressé une lettre au chef de gouvernement et aux secrétaires généraux des partis politiques ?  
Khadija Rebbah : Il faut mettre en œuvre les dispositions de la Constitution qui stipule la parité. Au moins le tiers des portefeuilles ministériels doit être dédié aux femmes. Nous sommes très conscientes que la doléance de la parité reste encore loin à atteindre car les décideurs ne sont pas encore prêts. Mais, il est important que les ministères dirigés par les femmes ne soient pas des départements délégués.

Êtes-vous optimiste quant à l’issue de votre lettre ouverte ?
Je ne suis pas très optimiste. Mais, il faut corriger les erreurs commises par le passé. En tant que mouvement, nous devons jouer notre rôle d’interpellation pour que le Maroc ne reste pas à la traîne en matière de représentativité politique féminine. Plusieurs pays nous devancent en Afrique. Au gouvernement, la femme est toujours automatiquement liée à la famille, la solidarité, l’environnement…Il faut sortir de ce cercle.

Ne pensez-vous pas qu’au niveau du Parlement, le système du quota n’a pas donné les résultats escomptés ?
Au niveau international, plus de 130 États utilisent le mécanisme de quota. Il s’agit de mesures positives favorisant la représentativité féminine. Le problème ne réside pas dans la liste nationale mais dans sa gestion par les partis politiques. On ne doit pas pointer du doigt ce système. Dans les circonscriptions locales, la priorité est accordée par les partis politiques aux hommes. Sans le quota, on se retrouverait toujours avec peu de femmes au Parlement. Il faut penser à de nouveaux mécanismes comme les listes alternées qui portent leur fruit dans d’autres pays en donnant aux femmes des vraies chances d’éligibilité. 

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