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Le Centre Dar El Kheir à Casablanca est le plus grand centre social au Maroc. Il est destiné à accueillir des personnes vivant dans une grande précarité. Cette institution traverse une grave crise de gestion impactant la prise en charge des bénéficiaires.

Le 1er septembre. Six associations de défense des droits humains crèvent un abcès portant le nom de Centre social de Tit Mellil. Ces ONG, en présence de certains bénéficiaires, ont tenu un sit-in à l’entrée du centre situé àTit Mellil, dans la région de Casablanca pour «dénoncer un dépotoir humain», explique Hasna Hajib, membre de l’Instance nationale pour la défense des droits humains (INDH), organisation à l’initiative de cette mobilisation. Le plus problématique est que le centre Tit Mellil est loin d’être à son premier scandale.

Scandales à répétition
Cet établissement a cette mauvaise habitude de produire en quantités inépuisables, depuis 2003, des scandales au sujet des conditions d’hébergement de ses bénéficiaires. Le scandale 2018 rappelle celui de 2003, 2004, 2007 ou encore 2015. Les images que nous avons pu consulter et que nous préférons ne pas diffuser pour préserver la dignité humaine, montrent des personnes âgées vivant dans des conditions indignes ou encore des installations indignes d’un centre domicilié dans la région de Casablanca-Settat. Aux images et vidéos sur l’état déplorable du centre se sont ajoutées des polémiques récurrentes sur la gestion de l’Association Dar El Kheir. Depuis mars dernier, un conflit judiciaire oppose des ex-membres du bureau de l’association à l’autorité locale. Et à partir de juillet 2018, l’association est gérée par un juge-commissaire nommé par le Tribunal administratif de Casablanca. Entre-temps, l’état du centre s’est dégradé au point de provoquer cette levée de boucliers d’associations de défense des droits humains.

Un désastre nommé pavillon n°8
Ce centre existe depuis bientôt deux décennies. «Entre 1999 et 2005, la situation au centre était semblable à Guatanamo», compare Mohamed Boukhiam, président sortant de l’association gestionnaire. L’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante, dès 2005, à sa tête avec l’homme politique Ahmed Brija, s’accompagne par une certaine amélioration. Les financements INDH permettent de mettre à niveau des pavillons et le centre de santé mais le centre continue de traîner une image désastreuse. Hasna Hajib, militante associative au sein de l’INDH, a visité le centre à plus de huit reprises depuis juillet dernier. Elle se dit «répugnée par les conditions de prise en charge des pensionnaires». Elle pointe du doigt le tristement célèbre pavillon n°8 : «On ne peut pas placer dans le même pavillon une personne atteinte de graves troubles mentaux, un mineur et une personne âgée», proteste-t-elle avec véhémence. Au sein de la direction du centre, on préfère parler de «problème structurel», comme le qualifie Jalal Mabrouk, actuel directeur du centre. Il défend: «Nous sommes tenus d’accueillir dans le même centre six catégories de population aux besoins très différents, des deux sexes. C’est ingérable». Le centre reçoit d’ailleurs, chaque jour, entre 20 et 30 personnes ramenées de force par «les unités de protection sociale» rattachées à la wilaya de Casablanca-Settat. «Avec un budget de 9 MDH, nous ne pouvons pas faire mieux. Nous sommes réduits à un dépotoir des misères de Casablanca», reconnaît Boukhiam. Abstraction faite de cette donnée structurelle et du manque de financement, les ONG mobilisées dénoncent un laisser-aller dans la gestion quotidienne du centre. «L’odeur dans les pavillons est nauséabonde. Des pensionnaires dorment à même le sol», persifle Hajib. Depuis, l’INDH a adressé des plaintes et des lettres de protestation au Parquet de Casablanca, au wali de la région, au ministre d’État au droits de l’Homme et au ministre en charge de la Relation avec la société civile. Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de l’égalité, de la famille et du développement social (MSEFDS) s’est déplacée le 29 août au centre. Cette visite s’est déroulée dans une ambiance électrique. La direction et les associations se renvoient la balle sur les origines de l’interruption catastrophique de cette visite ministérielle. «L’objectif de la direction était que la ministre ne visite pas les pavillons 7 et 8 et les cuisines. C’est ce qu’ils ont obtenu», accuse Hajib. Contactés par Les Inspirations ÉCO, les services du MSEFDS promettent une réponse de la ministre. À l’heure où nous mettions sous presse, nous n’avions pas encore reçu de suites de la part du département de Bassima Hakkoui. Pour ne rien arranger, 800 pensionnaires de ce centre sont pris en otage par le conflit judiciaire entre la wilaya de la région et les membres de l’association. Une situation qui dure depuis mars dernier.

Quiproquo judiciaire
À l’origine de ce quiproquo judiciaire, une confusion entre autorité locale, acteur politique et associatif. En 2009, c’est Ahmed Brija, adjoint du maire de la ville à cette époque qui préside l’association Dar El Kheir. Pourtant, la ville de Casablanca est le principal bailleur de fonds de l’association avec un versement annuel de 5,5 MDH (61% du budget). Donc, Brija est en situation de conflit d’intérêts depuis des années. En 2014, la Cour des comptes publie un rapport accablant sur la gestion de cette association. «Nous avons obtenu le quitus de la part de la Cour», insiste Boukhiam, membre de l’association gestionnaire de 2005 à 2018. Si les magistrats n’ont pas constaté de détournements, ils ont pourtant épinglé les gestionnaires pour plusieurs décisions «non motivées». Entre-temps, et avec l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante à la mairie de Casablanca, Brija est prié de quitter son siège de président pour mettre fin à ce conflit d’intérêts, à condition de pouvoir débloquer les fonds pour le centre. Une AG de l’association se tient et un nouveau président est désigné par les 17 membres de cette instance. En mars 2018, une nouvelle AG est programmée et le président sortant refuse de quitter son poste. Un conflit éclate entre les membres du bureau. «Les huit autres membres du bureau m’ont désigné président», avance Boukhiam. L’autorité locale entre en jeu et refuse de recevoir et de délivrer le reçu au nouveau bureau. Un procès démarre au niveau de la justice administrative. Boukhiam obtient gain de cause en première instance. L’autorité locale a fait appel. Entre-temps, les comptes de l’association sont gelés. Durant les premiers six mois de ce conflit, la situation à Tit Mellil se détériore davantage. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, la ville de Casablanca n’a pas encore versé sa subvention annuelle de 2018. Depuis juillet dernier, le tribunal nomme un juge commissaire en charge de la gestion courante du centre. Une période transitoire pénible pour les pensionnaires : «Il est urgent d’intervenir pour sauver la vie de personnes qui doivent être hospitalisées. Ce sont des choses qui ne peuvent attendre une réforme», exige Hajib de l’INDH. Si auparavant ce centre était similaire à Guantanamo, les associations de défense des bénéficiaires craignent que Tit Mellil se transforme en 2018 en un Abou Ghrib.


Chiffres clés

9 MDH
Budget du centre Tit Mellil

5,5 MDH
Ville de Casa

3 MDH
Région Casa-Settat

500.000 DH
Entraide Nationale

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