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16-07-2019 10:44

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Culture

4 ans après «Violet»,  le cinéaste flamand Bas Devos présente «Hellhole», un film sur des êtres humains qui essaient de vivre à Bruxelles.  Rencontre avec un cinéaste qui filme les âmes en peine. 

La Berlinale vous porte bonheur. Que représente ce festival pour vous ?
Ce que j’adore dans ce genre de festival, c’est la passion du cinéma et le respect de la ville pour les films. Je ne suis pas très connu, je ne suis pas un grand nom pourtant mon film a fait salle comble. Je trouve cela assez incroyable.

On sent une même démarche que dans le premier film, une volonté de filmer l'humain, filmer des âmes...
Oui...Absolument. Le film peut être traité de la manière d’un spectacle. On réduit le cinéma à uniquement cela, au spectaculaire, au technique mais ce son incroyable, cet écran géant c’est aussi une manière de montrer quelque chose de très fragile. Des gens tout simplement, sans voile auxquels les spectateurs vont s’identifier, partager. Avec le divertissement ou le spectaculaire, il n'y a pas de réciprocité, on vous en met plein les yeux, on vous donne, vous prenez. Et c’est génial, j’adore cela aussi ! Mais ce qui m’intéresse, c’est la distance entre les deux. Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas les attentats. Ça, c’est le fond. Je m’intéresse à ces êtres humains et à la difficulté de vivre ensemble dans une ville aussi compliquée que Bruxelles. Dans un monde où l’on se sent perdus. Comment s’organiser pour que chaque être humain trouve sa place ? C’est une question très difficile…Les réponses données par tous les gouvernements manquent cruellement d’imagination, de sensibilité et de sincérité. On a besoin d’une autre langue, peut-être que le cinéma est cette langue d’ailleurs…

Vous avez une technique particulière : la photographie, la lumière, les longs plans, les silences...
Pour moi, c’est important d’aller le plus dans les détails quand j’écris. J’écris des scénarios courts. Le premier faisait 25 pages, celui-ci 50 ! (Rires). Ces longueurs dans le cinéma n’existent vraiment pas chez moi. Ce sont des descriptions plus que des dialogues. Je vais dans les détails au niveau du son et de l’image de ce que l’on voit. C’est pour communiquer à mes équipes l’atmosphère. Souvent les équipes qui sont habituées à la lecture des scénarios sont déstabilisées par les miens ! Je donne une base, une atmosphère, une vision. Et il y a un espace de liberté énorme. Je suis dans le détail dans le scénario pour avoir de la liberté sur le plateau.

Dans ce cas là, la direction d’acteur doit prendre une place importante dans votre travail, non ?
Oui et non. Je ne sais pas comment les autres travaillent. Willy Thomas m’a dit sur le plateau «Tu ne m’aides pas, tu ne me dis rien pour m’aider». Je sais corriger si ce n’est pas assez pointu mais je laisse s’exprimer un acteur, devenir le personnage. Je ne donne rien aux comédiens. On discute en amont beaucoup sur l’ambiance générale. Certains acteurs aiment ça, d’autres non.

Est-ce que c’est plus facile de diriger des adolescents, des enfants ?
Je travaille beaucoup avec des comédiens confirmés ou débutants. Hamsa Belarbi qui joue Mehdi n’a jamais fait de cinéma ni de théâtre. J’aime beaucoup cette fragilité là aussi, cette absence d’expérience qui surprend parfois. Avec un amateur, il faut enlever la surprise. Tout doit être clair. S’il y a des choses inattendues, ça peut déstabiliser.

D’où est venue l’idée de rallier ces êtres perdus par une visite à domicile d’un médecin ?
J’ai lu le roman «Forunate Man», la seule chose que je me dois de dire à mes patients c’est «Je sais». C’est la reconnaissance de la souffrance, leur dire qu’ils sont là. Guérir, c’est autre chose. C’est ce que je voulais dans ce film. Reconnaître l’autre. On oublie cela dans notre société aujourd’hui. C’est devenu une question forte. Comment parler de l’autre ? On ne sait plus quoi dire des autres. Il faut parler aux gens au lieu de parler des gens.

Est-ce que ce sont les attentats qui vont ont imposé l’histoire ou l’histoire étaient là avant ?
L’histoire était là avant. Je voulais faire des portraits de personnages dans une ville compliquée. Après les attentats à Paris et à Bruxelles, je ne pouvais pas ne pas intégrer cela. C’est devenu une histoire de gens fragiles sous un nuage géo-politique noir qui bloque l’autre. Quand Trump dit : «Il faut bombarder Molenbeeck», c’est d’une violence inouïe. Ça a des répercussions terribles. Ça me touche moi, homme normal blanc. Imaginez ce que cela ferait à une femme d’origine marocaine ? Ça la casse !

Bruxelles vous inspire beaucoup. Est-ce qu’elle va continuer à vous inspirer pour vos prochains films ?
Je vais dédier mon prochain film aux femmes marocaines de Bruxelles, à ces travailleuses de l'ombre, à ces mères de famille. Un film linéaire, je suis une femme qui dort dans le métro en rentrant chez elle le soir et arrive au terminus. Le métro ne circule plus, elle n’a pas assez d’argent pour rentrer autrement et elle décide de rentrer à pied. Une sorte de road movie à pied, une présence fragile confrontée à cette nuit. Elles ne sont pas représentées dans le cinéma belge alors qu’elles présentent dans la société. Je me suis toujours demandé qui étaient les mères qui passaient comme cela, avec discrétion, dans les rues pour aller travailler. Ce sont des présences timides dans la rue, dans les médias elles sont invisibles aussi. Mais dans la vie, elles sont incroyables ! Elles ont des histoires. Je voulais raconter leurs histoires… 

 

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