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Culture
Maryam Touzani, scénariste, comédienne et journaliste

Elle aime écrire des histoires, elle aime l’humain et ses choix de vie la mènent tout naturellement au cinéma. «Razzia», elle l’écrit avec Nabil Ayouch, son époux dans la vraie vie. Elle raconte l’histoire de cinq personnages en quête de libertés individuelles, dont Salima qu’elle incarne avec beaucoup de délicatesse.

Les Inspirations ÉCO : Est-ce plus facile ou plus difficile d’incarner un personnage que l’on a écrit ?
Maryam Touzani : C’est à la fois difficile et facile de jouer un personnage que l’on a écrit ! Salima me ressemble beaucoup. En écrivant, Nabil et moi, on a mis des choses qui venaient de Maryam. Il suffisait juste d’aller puiser ces vérités là en moi et de les laisser s’exprimer librement. Écrire un personnage, lui donner vie en le jouant est très beau mais je n’avais pas peur de ne pas être à la hauteur de ce personnage ! C’est à double tranchant.

Quand un acteur lit le scénario, il s’approprie le personnage. Vous le connaissiez déjà. Est-ce que l’actrice en vous a changé certaines choses au script initial ?
Il y avait quelque chose de très naturel qui s’est mis en place. Quand on a écrit Salima avec Nabil, il suffisait d’aller puiser et chercher dans Maryam. Cela m’a permis de donner une voix à des choses que je ressentais, que je vivais dans cette société. Cela m’a permis de m’exprimer à travers elle. Quelque chose me dépassait, je l’ai ressenti dans ma chair, mais c’est le cas de tous ces personnages dans le film.

Comment avez-vous décidé d’écrire ensemble ?
Lui a commencé son histoire, il avait ce désir de raconter des personnages qui l’ont touché tout au long de son parcours. Nous en parlions de façon naturelle comme on parle de tout. Naturellement, nous avons écrit chacun de notre côté. Nous nous sommes rendu compte que nous étions déjà en train d’écrire ensemble.

L’histoire de Salima, cette femme qui ne peut pas s’approprier la voie publique, c’est quelque part vous…
Je vis cela en tant que femme et cela me révolte. Je n’ai pas envie de me taire, de baisser la tête et de me fondre dans la masse. Je voudrais me réapproprier mon espace public. Salima porte cette part de vérité, de femme que je suis aujourd’hui ! Salima a envie d’être libre dans l’espace public mais également libre de s’exprimer à travers son corps comme elle le sent. Son mari aimerait la garder sur une étagère, pour lui, c’est une femme objet. Il ne sait même pas qui elle est en réalité.

Sur un plateau, comment passer de la scénariste à l’actrice ?
C’était très intéressant à vivre parce que cela a rajouté une intensité au tournage. Nous avions cinq personnages, cinq énergies à créer, cinq univers et c’était magnifique. Nous avons tourné chaque personnage tout seul. C’était très beau et très riche. Quand je suis rentrée dans la peau de Salima, j’étais avec quelqu’un d’autre sur le plateau. J’avais peur que ce soit difficile pour moi d’arrêter d’être qui j’étais sur le plateau. Se retrouver de l’autre côté pour moi me faisait peur. Je pensais avoir besoin d’une coupure. Mais finalement, cela s’est pas fait parce que j’avais envie d’être là tout le temps, je ne pouvais pas m’imaginer être loin du plateau un seul jour ! Quand je me suis retrouvée du jour au lendemain dans la peau de Salima, elle est sortie naturellement comme si elle avait toujours été là.

C’était une évidence, dès le départ, de jouer Salima ?
Non pas du tout. Nous n’avons jamais pensé à cela. Nabil s’est inspiré de moi, de ma vie de tous les jours pour ce personnage.

Comment êtes-vous venue au cinéma ?
Mon intérêt pour le cinéma s’est intensifié quand je suis rentrée au Maroc, après des études à Londres et que j’ai commencé à écrire sur le cinéma et la culture en général. J’écrivais sur le cinéma maghrébin. J’adore les histoires et j’adore les gens. Tout ce qui était technique, cinématographie ne m’intéressait pas tant que ça ! Pour moi, c’était comment raconter l’humain à travers cette technique là, à travers la caméra, à travers l’image.

Comment s’est fait le passage entre l’écriture journaliste et l’écriture du scénario ?
J’ai commencé à écrire sur le cinéma et la culture en rentrant au Maroc. Beaucoup sur le cinéma d’ailleurs, c’est comme cela que j’ai rencontré Nabil. J’avais envie de faire du documentaire donc il y a un moment dans ma vie où j’avais cette envie de m’exprimer autrement. Je l’ai fais à travers mon premier court métrage de fiction. Pour moi, il y a quelque chose de très naturel dans ce processus. Je suis très à l’écoute de moi-même. Mon désir d’expression est très fort, et comme chez tout le monde, il peut s’exprimer de différentes manières dans différentes périodes d’une vie. Il faut être très à l’écoute de cela. C’est pour cela que je sens que je suis passée d’une étape à l’autre, facilement. Quand on aime écrire, que ce soit écrire un roman, un scénario, un documentaire, au fond c’est toujours le même désir d’expression. Je n’ai pas envie d’être prisonnière dans une seule forme d’expression ! Je réalise mon prochain film seule. Pour moi, c’est une continuité….

Votre prochain film est-il dans la continuité de «Razzia» ?
On peut dire qu’il est dans la continuité de «Razzia» dans le sens où il est pour moi profondément humain. Razzia est un film qui raconte l’humain. Ça parle d’une femme célibataire enceinte qui veut donner son enfant à l’adoption parce qu’il n’a pas de place dans la société, parce qu’elle n’a pas de place non plus, en tant que femme célibataire.J’ai commencé l’écriture du scénario quand j’étais enceinte, juste après le tournage. L’idée du film est née d’une rencontre d’il y a très longtemps avec une mère célibataire qui souhaitait donner son enfant à l’adoption et j’ai vécu toute cette période là avec elle. Cela m’avait bouleversée à l’époque. Quand je sentais mon enfant en moi, je ne pouvais pas m’empêcher de repenser à cette histoire. J’ai cette urgence d’écrire, de raconter. Cela s’est fait à travers un scénario qui va devenir un film mais cela aurait pu être un roman.
Encore un film de femmes donc…
Absolument ! Tous mes films ont été des films de femmes. Des femmes et des enfants. Les hommes sont toujours des personnages secondaires. Ce n’est pas réfléchi ou calculé. Je raconte des choses qui m’habitent tout simplement, je les laisse sortir sans réfléchir. 

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