La gestion des clubs sportifs montrent encore quelques faiblesses. Les investisseurs rechignent toujours à s’engager avec certaines équipes dirigeantes. L’État, principal pourvoyeur de fonds, n’arrive pas à décentraliser son action via les collectivités territoriales en raison de déséquilibres structurels. 

La question des finances des clubs sportifs est l’une des grandes inconnues de l’équation du sport national. Pour y voir plus clair, un débat a été organisé par Horizon TV, afin de pouvoir déceler quelles sont les failles d’un système qui apparaît de plus en plus comme en voie de péricliter. Il faut néanmoins souligner que l’évolution des investissements dans l’économie du sport va crescendo, elle évolue à hauteur de 30%. Selon des chiffres estimatifs, le secteur sportif au Maroc emploie plus de 240.000 personnes, avec un chiffre d’affaires estimé à 600 millions DH.

Un déséquilibre structurel
«Dans le contexte marocain, l’État est prépondérant en matière de financement sportif, contrairement aux pays avancés en la matière, où c’est le secteur privé qui fournit la grande partie des fonds. Et la part du lion est réservée aux associations de football, qui, à lui seul, concentre près de 75% du budget», indique Yahia Saidi, journaliste et chercheur. Il indique néanmoins qu’il y a une «absence de contrôle de l’Inspection générale des Finances, ce qui fait que les coûts sont publics mais les gains sont privés». Mais l’État continue d’investir massivement, notamment au niveau des infrastructures. En effet, rien que les trois grands nouveaux stades (Marrakech, Agadir et Tanger), ont coûté 1 milliard DH chacun (100 millions d’euros). Le futur grand stade de Casablanca, prévu pour être le plus grand stade du continent africain, devrait coûter 2,08 milliard DH. Depuis un peu plus de cinq ans, l’État marocain a déployé des efforts considérables en faveur de la structuration et de la modernisation de l’écosystème sportif national, afin de bâtir les fondations solides d’une réelle économie du sport au Maroc. Mais cette stratégie demeure tributaire d’une «régionalisation sportive», selon Yahia Saaidi. «Or la régionalisation sportive est aussi tributaire des plans d’action des fédérations sportives, régentées par des dirigeants locaux qui versent dans le top-down. Les deux-tiers des fédérations sportives ne disposent même pas d’une seule ligue régionale, relais incontournable pour appliquer le principe de subsidiarité, un principe constitutionnalisé», explique Saidi.
 
En effet, dans le cadre du projet de régionalisation avancée, les collectivités territoriales se verront par ailleurs confier de plus amples prérogatives dans le domaine. La plupart des 45 fédérations sportives marocaines subsistent grâce aux subventions de l’État. Les fédérations ne tirent en effet que peu de recettes des rares évènements sportifs organisés, que ce soit au niveau de la billetterie ou des droits de retransmission. Hormis les sports les plus populaires comme le football, l’athlétisme ou l’équitation, les sponsors sont peu enclins à investir, freinés par la faible visibilité médiatique et le manque de transparence quant à l’usage des fonds. Chaque fédération a en outre la responsabilité d’encadrer les clubs et ligues régionales auxquels elle redistribue une part des subventions. Pourtant, beaucoup de clubs choisissent de ne pas s’affilier à leur fédération, ce qui entrave la coordination des actions à l’échelle nationale. Mais il faut néanmoins souligner que le secteur privé manifeste un intérêt grandissant pour le sport et intègre de plus en plus le sponsoring sportif dans sa stratégie marketing et de communication. Le marché du sport est marqué également par la marche vers la professionnalisation à travers l’augmentation considérable des investissements dans ce secteur.
 
«Concernant les privés, il y a des partenaires qui sont présents de manière régulière, notamment dans le football. Dans ce sport, il y a certes une popularité grandissante et une couverture médiatique importante, mais la problématique demeure au niveau de l’image», explique de son côté Zaki Lahbabi, directeur général TMS, agence spécialisée dans le marketing sportif. Il développe : «Le comportement de certains supporteurs, et même de certaines équipes dirigeantes, peut parfois représenter un obstacle à la confiance des investisseurs privés. Il faut donc une remise en question au niveau de mode d’organisation de certains clubs, sinon, il faut s’attendre à ce que les budgets de sponsoring stagnent, voire baissent». Schématiquement, les trois origines de revenus des clubs de football sont la billetterie, les droits télévisuels et le sponsoring (cession, à une entreprise, du droit de communiquer en utilisant l’image du club) et merchandising (vente de maillots essentiellement). Pour les «gros clubs», le sponsoring peut aller jusqu’à 30 à 40% du budget. Néanmoins, les contrats ne dépassent pas les 21 millions DH dans le meilleur des cas, puisque les conventions sont encore traditionnelles, avec la publicité autour de la pelouse et sur les maillots. Un montage qui est aujourd’hui dépassé en Europe où les clubs vendent le nom du stade à des entreprises et cèdent le droit d’utiliser l’image du club et des joueurs afin de vendre des produits. Selon Lahbabi, cette absence de «bond qualitatif» peut également être imputée à la qualité du spectacle. «Il serait intéressant que la qualité de retransmission des matchs soit plus avancée, afin de rendre le spectacle attractif. Si on mettait plus de caméras, à titre d’exemple, cela pourrait inciter les sponsors à aller plus loin dans le financement».

Retard normatif
Mais l’assainissement législatif est aujourd’hui indispensable. Celui-ci est d’ailleurs inversement proportionnel à l'inflation du prix des joueurs, est également enregistré dans la structure des clubs. Là aussi, la loi est claire : «Toute association sportive disposant d'une section sportive, dont plus de 50% des licenciés majeurs sont professionnels (ndlr : ce qui est le cas pour toutes les sections football de première division), doit créer une société sportive et en demeurer associée en vue d'assurer la gestion de ladite section». La loi promulguée en 2010 a donné aux associations sportives un an de période transitoire pour se conformer à ses dispositions. Depuis 2011, le ministère la Jeunesse et des sports, republie le décret de transition. «Toute association sportive doit se constituer en société anonyme tel que prévu par la loi 17-95, laquelle prévoit un capital minimum conséquent et des conditions strictes. De ce fait, les associations sportives rechignent à se constituer en Société anonyme pour des questions de fiscalité et de contrôle strict», indique Yahia Saaidi. On l'aura compris, la S.A. implique le contrôle, la transparence et la communication sur les mouvements de fonds, trois choses dont ne veulent pas entendre parler les dirigeants de clubs qui préfèrent la discrétion et la «flexibilité» octroyées par le statut d'association. 

Pourquoi c’est le Code du travail qui s’applique ?

La conformité à la loi sur le sport apparaît donc comme insurmontable pour les clubs. Mais il faut dire que l'administration non plus ne suit pas. Le décret d'application de la loi de 2010 a désigné le ministère de la Jeunesse et des sports comme autorité chargée de la mise en place des contrats-types prévus par ce texte. Chose qu'il n'a toujours pas daigné faire. En conséquence, les contrats sportifs conclus par l'association sportive avec les sportifs ou les cadres sportifs sont soumis aux dispositions de la loi relative au Code du travail : le contrat sportif est un contrat à durée déterminée établi pour une durée minimale allant de la date de son entrée en vigueur jusqu'à la fin de la saison sportive au cours de laquelle le contrat a été signé et au maximum pour une durée de cinq ans; la durée d'un contrat sportif doit être respectée par les parties signataires, sauf accord de résiliation anticipée entre les parties ou résiliation unilatérale pour les motifs prévus par la fédération internationale concernée ; un sportif ou un cadre sportif ne peut signer plus d'un contrat sportif pour la même période.

Le FNDS, une structure charnière

Le Fonds national pour le développement du sport (FNDS) constitue une «charnière de financement» essentielle pour le sport national, car il permet à la fois d’adresser les besoins immédiats des principaux acteurs, mais également de construire les infrastructures indispensables. Les ressources du FNDS sont principalement tirées de la réversion par la Marocaine des jeux et des sports (MDJS) de la quasi-intégralité de ses profits, ce qui lui assure un flux de ressources annuelles garanties. Ces dernières sont d’ailleurs en progression constantes ces dernières années, passant de quelque 130 millions de dirhams en 2012 à pas moins de 257 millions de dirhams en 2014, soit une progression de quasiment 100% en deux ans.

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