Le Maroc exprime publiquement ses inquiétudes face aux changements de la procédure de candidature à la Coupe du monde 2026.

Nous sommes le 17 mars, le Comité de candidature tenait un point de presse pour présenter le dossier marocain à la FIFA. Moulay Hafid Elalamy répond à une salve de questions des journalistes sur la légitimité de la Task Force mise en place par la FIFA, avec un pouvoir d’élimination d’un des deux candidats. Au premier rang, deux éminents membres du comité sortent de leur réserve.  «Cette task force n’a aucune légitimité», lance le premier membre à son collègue qui acquiesce. Cette position est aujourd’hui exprimée publiquement par le Maroc via la lettre adressée par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) à la FIFA, le 25 mars dernier. Avec cette missive, les relations entre le Maroc et la FIFA prennent un nouveau virage, rappelant la situation qui a prévalu lors de la précédente candidature du Maroc pour la Coupe du monde 2010.

Les griefs du Maroc
Ce différend autour de la task force se profilait dans l’horizon depuis début mars. Elalamy prévenait le 17 mars dernier, contre les tentations d’éliminer le Maroc : «si le Maroc est éliminé pour des raisons objectives, nous allons l’accepter de façon sportive. Si ce n’est pas le cas, nous défendrons notre dossier de manière très sportive». À ce moment, le comité consultait ses conseillers juridiques pour prendre position. «Dans les statuts de la FIFA, cette instance n’existe pas. Nous aborderons le sujet avec nos juristes avec plus de transparence et de fermeté», annonçait le président du comité. Ce dernier rappelait le modus operandi du Maroc : «nous n’accepterons pas que les règles du jeu changent au cours du match». Les craintes du comité et de l’ensemble des Marocains se sont confirmées. La FIFA est en train de changer les règles de jeu en pleine compétition. Dans cette lettre adressée par le président de la FRMF au président de la FIFA Gianni Infantino, Faouzi Lekjaa déclare que la FRMF s'oppose «fermement à ce que le scoring system soit maintenu en l'état […]et nous considérons que toute action en ce sens serait inéquitable». Le Maroc alerte aussi la FIFA que le système de notation a «ajouté de nouveaux critères techniques qui ne figuraient pas dans les prescriptions transmises initialement par la FIFA. Ces modifications ont été transmises», explique le document. Le 14 mars à 16 h 18 soit moins de 24 h avant le dépôt du dossier technique de la candidature marocaine et à peine plus de 48 h avant la date limite réglementaire de dépôt du 16 mars à 17 H 00, le Maroc recevait ces nouveaux critères. Une date qui ne permettait plus, matériellement, la moindre prise en compte du scoring system par la FRMF dans la préparation de son dossier de candidature.

La balle dans le camp de la FIFA
Parmi les nouveautés imposées par la FIFA, la lettre de la FRMF cite notamment les «jauges d'hôtels», introduisent une «taille minimale pour les villes hôtes», un «risque de durabilité» pour les stades, une capacité minimale pour les aéroports et une distance maximale entre l'aéroport et la ville-hôte. Lekjae a appelé Infantino à faire preuve de compréhension envers cette situation et «donner des instructions aux équipes de sursoir à la publication du Scoring system, et ce, dans l'attente de nous permettre d'avoir les échanges nécessaires sur son contenu avec la FIFA bidding team». La balle est dans le camp de la FIFA…  


Moncef El Yazghi
Chercheur en politiques sportives

Les Inspirations ÉCO :  Comment expliquer la fermeté de la lettre de la FRMF ?   
Moncef El Yazghi : La la FIFA revient en arrière par rapport aux modifications apportées à la procédure de choix du pays hôte d’une coupe du monde. Le principal changement est de faire passer la décision du choix des 24 membres du Conseil de la FIFA aux 211 pays membres via un vote public. Donc, techniquement, le Maroc est disqualifié d’office. Le critère de la capacité des aéroports à recevoir 60 millions de visiteurs/an alors que nos aéroports accueillent à peine 20 millions toute l’année est disqualifiant. Le critère d’une taille minimum de villes hôtes de 250.000 hab l’est aussi pour des villes comme El Jadida. Donc, le Maroc est de facto éliminé.  

La FIFA a-t-elle cédé aux pressions américaines ?
Les États-Unis n’ont jamais accepté le fait qu’un micro-État comme le Qatar obtienne l’organisation de cette compétition à son détriment. Donc les USA ont mené une bataille pour éjecter Blatter de la FIFA en préparent le fameux rapport Garcia. La grande puissance américaine n’est pas prête aujourd’hui de perdre de nouveau face à un pays ayant une économie moyenne comme le Maroc. Maintenant, la candidature marocaine a surpris les Américains qui pensaient que le nouveau système de choix du pays hôte était en leur faveur alors qu’il s’avère qu’il peut être à l’avantage du Maroc.    

Le Maroc a-t-il des chances d’être entendu par la FIFA ?
D’abord, ce message de fermeté est une démarche salutaire. Ensuite, il faut maintenant passer à l’étape suivante en mobilisant les autres fédérations continentales (UEFA et la CAF) pour faire pression sur la FIFA dans un laps de temps très court. C’est la seule solution possible pour changer le système de notation.

Un recours judiciaire près du Tribunal international du sport (TAS) est-il envisageable et souhaitable ?
Tout dépend de la stratégie marocaine. Est-ce que le Maroc souhaite durcir le ton avec la FIFA en judiciarisant le dossier ou bien il sera capable de mobiliser assez de soutiens pour faire infléchir la FIFA. La voie judiciaire demeure périlleuse surtout qu’il y a une contrainte de temps. Si le TAS est sollicité, il n’est pas dit qu’il peut statuer avant les visites prévues de la FIFA à la mi-avril. Après, si le Maroc décide qu’il n’a plus rien à perdre, il peut opter pour cette voie tout en assumant les risques qui sont liés à un procès contre la FIFA.

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