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À l’aube du 20e siècle, l’ingénieur américain Frederick Taylor a lancé la première vraie réflexion sur le design des espaces de travail. Son obsession pour la productivité et le contrôle a donné naissance au premier concept reconnu d’espace professionnel. Il revêtait la forme d’un grand espace ouvert où l'on retrouvaient les ouvriers ou employés à la chaîne, avec les bureaux de la direction en face ayant une vue panoramique sur l’ensemble.

Entre le taylorisme et les locaux extravagants et high-tech des compagnies américaines aujourd'hui, les espaces de travail ont connu une multitude d’évolutions pour servir la croissance et la productivité des entreprises. Leur design devait absorber tous les changements qu’ont connus l’entreprise et la technologie. Citons ici quelques-uns:

• Les entreprises ont évolué de mono-site à multi-sites, puis multinationales, ce qui a donné naissance aux sièges centraux et régionaux pour mutualiser les fonctions supports.
• Les technologies et outils de travail sont passés du téléphone et fax au PC et Internet. Vient ensuite l’invention du mobile, et plus récemment la domotique et l’intelligence artificielle.
• De nouvelles fonctions ont vu le jour au sein de l’entreprise, notamment le marketing, la GRH, la GSI, le facility management, l'HSE, la compliance…
• L’industrie du mobilier de bureau est passée du mobilier austère en bois aux multitudes de mobiliers que l'on retrouve actuellement, mobilisant des matériaux de plus en plus novateurs.

Tous ces éléments ont donné une importance clé, voire stratégique, au design des espaces de travail.
Les premiers espaces reflétaient l’organigramme de la structure, avec des bureaux fermés pour les directeurs, puis de grands bureaux fermés par fonction qui rassemblaient les collaborateurs. La croissance économique d’après-guerre a permis l’augmentation des effectifs par entreprise et l’apparition du middle management. On a alors assisté à la création des premiers open spaces durant les années 50 et des premières stations de travail ergonomiques par Herman Miller en 68, appelées «Cubicles», tout en gardant la hiérarchie des espaces. Les managers et directeurs étaient dans des bureaux fermés avec vue sur façade, et les open spaces au milieu des plateaux, loin de la lumière naturelle.

Ce système a connu ses limites durant les années 80, avec l’apparition de ce que l’on appelait «les Grey Cubicle Farms», facilement reconnaissables dans les films de la même époque. Un genre de stations de travail grises, entassées, avec des séparations de 1.80 m de hauteur, isolant les employés les uns des autres. Cette disposition extrême a eu un impact négatif sur la productivité des employés et l’attractivité des entreprises auprès des talents. Avec l’émergence des fonctions GRH et HSE, l’entreprise a mis la santé et l’attractivité des employés au premier rang. On a alors assisté à l’apparition d’espaces plus orientés bien-être et émancipation des employés. Les open spaces se sont déplacés vers les façades avec accès direct à la lumière naturelle, tandis que les bureaux des managers-directeurs sont plus ou moins au milieu du plateau, moins spacieux également. On ose plus de couleurs sur le sol et les murs, et on dédie des espaces communs plus spacieux et collaboratifs.

Le progrès technologique a aussi apporté son lot de changement, et la mobilité des employés (laptops, mobiles, tablettes …) a donné naissance au concept du «Hot Desk». L’employé n’a pas d’espace dédié, mais peut s’installer dans n’importe quelle disposition qu’offre le concept, soit dans un des open spaces pour échanger avec ses collègues, soit en s’isolant dans des espaces plus privatifs ou silencieux pour plus de concentration. Des espaces de réunion sont aussi proposés sous différentes formes selon le type de réunions, formelles ou informelles, pour plus de créativité. Une autre évolution, plus récente, est celle du concept du co-working qui intègre, au-delà de la location d’espaces de travail, le volet communauté entre tous les locataires. Wework, leader mondial en la matière, n'a commencé ses activités qu’en 2010, et est évalué, en 2017 ,à plus de 20 milliards de dollars.

Sa réussite a été notamment assurée par l’intérêt des grandes multinationales à offrir une alternative flexible à leurs employés qui peuvent travailler à partir d’autres villes, mais surtout à être mieux connectés à la communauté start-up pour plus de créativité et d’innovation. De nos jours, les locaux des géants de la technologie tirent le design vers de nouvelles tendances. Google, Facebook ou bien Apple, qui inaugure son vaste chantier cette année, proposent des locaux qui se rapprochent le plus du bien-être de la maison ou du campus estudiantin, avec des services intégrés pour les employés, ce qui a eu un impact incroyable sur leurs productivité et créativité. La restauration gracieusement disponible par de grands chefs, la conciergerie, les moyens de transports mutualisés semblent être des coûts très importants, mais ils sont économiquement viables au vu des économies réalisées au niveau du recrutement et de la rétention des talents.

Concernant le Maroc, celui-ci a connu ses évolutions, certes avec moins d’énergie que les pays anglo-saxons, premiers sur le sujet, mais on ne peut nier que depuis la dernière décennie, on observe une révolution dans le design des espaces de travail, notamment avec le développement des projets immobiliers dédiés aux plateaux de bureau et l’adoption des derniers concepts de design tirés par les multinationales présentes localement. L’attractivité de notre pays pour les grands logos ne fera que renforcer cette tendance, et incitera plus d’entreprises marocaines à mettre l’espace de travail au cœur de leur stratégie de développement.

Jawad El Asri
Directeur associé chez Design & Build Contracting

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